Biopresse n°193 - Octobre 2013

Bio et agro-écologie

Les journées 2013 du réseau Formabio, le réseau des enseignants et formateurs en AB, animé par la DGER (Direction générale de l’enseignement et de la recherche du ministère de l’Agriculture) ont eu lieu au lycée Nature de la Roche sur Yon (85), du 16 au 18 octobre. En clôture, Yannick Meneux (DGER) s’est interrogé sur le lien entre l’agriculture biologique et l’agro-écologie présentée par le ministre Stéphane le Foll. Ce qui amène à se demander ce qu’est l’agriculture biologique aujourd’hui ? Un projet global et un projet de société, selon la vision d’Ifoam (la fédération internationale des mouvements bio) ou celle de l’association Nature et Progrès par exemple ? Ou seulement un label qui respecte un cahier des charges, avec des procédures de production et de transformation ? Pour de nombreux acteurs impliqués dans la bio, celle-ci porte encore aujourd’hui en elle les valeurs présentes lors de sa création, notamment en termes d’approche globale, de respect de l’environnement, de recherche d’autonomie, de vision sociale, de transparence, d’équité… Mais ces valeurs ne sont pas partagées par tous les intervenants de l’agriculture biologique, ni par l’ensemble de la population et, pour certains, la bio est devenue un argument marketing avant d’être une vision pour le présent et pour l’avenir. Ainsi, le projet agro-écologique pour la France pourrait, en ne répondant à aucun cahier des charges ni à aucune définition très précise, en étant porteur de moins d’historique et d’absence de stigmatisations, reprendre certains aspects de la vision et des valeurs de l’agriculture biologique, tout en étant accepté par un nombre bien plus important d’acteurs du monde agricole. Néanmoins, le ministre l’a expliqué à plusieurs reprises, l’objectif n’est pas de phagocyter la bio, mais bien de l’utiliser comme une source d’innovations dans tous les domaines et de permettre, par l’intermédiaire du projet agro-écologique, de transférer ses techniques dans l’ensemble de l’agriculture, ainsi que de favoriser les transferts de l’agriculture conventionnelle vers la bio. Le projet agro-écologique pourrait-il également permettre de diffuser des valeurs chères à l’agriculture biologique dans le monde agricole et dans l’ensemble de la société ? Rien n’est acquis et les acteurs de la bio doivent rester vigilants pour défendre, dans la filière agricole et dans celle de la bio en particulier, les valeurs qui ont prévalu aux origines de l’agriculture biologique.

C’est notamment le travail que réalise Ifoam France, le groupe national d’Ifoam monde, pour défendre, à l’échelle française et européenne, les valeurs originelles de la bio dans les choix réglementaires et politiques. Par ailleurs, Ifoam France joue également un rôle de diffusion de connaissances à l’ensemble de ses adhérents, ainsi qu’un rôle de concertation pour les décisions à prendre. Le 10 octobre, un CA d’Ifoam France portait sur la certification de groupe. En effet, la Commission européenne s’interroge sur une éventuelle mise en place de certifications de groupe, avec pour objectif de permettre l’accès à la certification de groupe pour les petits producteurs. La certification de groupe pourrait aussi réduire le volet administratif pour les agriculteurs et apporter une dynamique collective. Lors de la réunion, Ecocert a présenté le système de certification de groupe dans les pays tiers (pour des groupes ayant une même production et des fermes proches géographiquement), le Synalaf a décrit les contrôles en volailles de chair Label rouge, puis Nature et progrès a présenté les systèmes de garantie participatifs, ainsi que la procédure des contrôles à Nature et Progrès.

Les interrogations que posent cette certification de groupe en Europe sont multiples : critères pour les « petites exploitations », risque de déstabilisation de certains marchés si des particuliers peuvent vendre leurs produits bio aux côtés d’opérateurs professionnels certifiés, quid des certifications verticales (avec des entreprises notamment), gestion de la diversité des produits sur les fermes européennes… Pour le moment, les points et systèmes à défendre ne sont pas encore définis clairement, mais le contexte et les enjeux sont mieux connus des membres d’Ifoam France qui seront plus rapides à intervenir le moment venu…

Sophie VALLEIX

Responsable d’ABioDoc